Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur »
Ces paroles sont tirées du psaume 121 (122) qui était chanté par les pèlerins se rendant au temple de Jérusalem. Le pèlerin chante la joie qui inonde son coeur depuis l’annonce du pèlerinage et qui éclate en louange et action de grâce aux portes de la ville sainte lui faisant percevoir celle-ci comme une extension du temple. Toute la ville devient à ses yeux la demeure du Seigneur, une « ville où tous ensemble ne fait qu’un ! » Cela, non seulement à cause des remparts qui font de la ville un espace unique et circonscrit, mais surtout parce que c’est le lieu où l’on est en communion avec Dieu et avec les autres.
Recourant à un jeu des mots évident sur l’étymologie du nom de la ville (Jérusalem vient de deux mots qui signifient ville et paix), le pèlerin demande la paix et le bonheur pour Jérusalem, parce que c’est la ville du Seigneur, la cité du messie, mais aussi par amour pour ses frères qui y résident ou qui s’y rendent.
Ceux qui se rendent en pèlerinage dans des sanctuaires comme à Lourdes peuvent té-moigner qu’on éprouve la même joie que le pèlerin qui chante ce psaume. Dès qu’on prend le car, et même avant, la fièvre du pèlerinage vous attrape. En chemin, on chante et on prie. En plus, nous parlons couramment de Lourdes et non de la grotte de Massabielle ou du sanctuaire, parce que là aussi, le sanctuaire communique un peu de son esprit à toute la cité et aux environs. Là aussi, les hommes et les femmes de tout l’univers se sentent tous unis au nom du Seigneur. Ce qui s’exprime fort bien lors de la marche aux flambeaux, le soir, et pendant les célébrations. Ne serait-il pas malheureux que cette joie d’aller à la maison du Seigneur s’arrête uniquement aux pèlerinages vers le temple de Jérusalem ou vers Lourdes et d’autres grands sanctuaires ? Bien qu’à une autre échelle, cette joie ne devrait-elle pas toucher ceux qui vont à la rencontre du Seigneur dans nos églises ? Dieu merci, certains d’entre nous éprouvent cette joie et essaient de ne pas manquer notamment le rendez-vous dominical.
Certes, parler de cette joie d’aller à la maison du Seigneur risque de provoquer chez certains la nostalgie des temps anciens où nos églises étaient remplies de chrétiens de tous âges qui priaient et chantaient avec ferveur. Mais cette nostalgie pourrait aussi toucher les pèlerins de la terre sainte. Il n’y a plus de temple, et les lieux que l’on y visite rappellent souvent à quel point les anciens étaient plus attachés au Seigneur que nous. Heureusement, Jérusalem n’est pas seulement une cité du passé. Elle est également le signe et l’annonce de la cité à venir dans laquelle le Seigneur demeurera avec son peuple (Apocalypse 21,2). Tendus entre ces deux moments, c’est aujourd’hui et ici que nous devons poursuivre notre pèlerinage. Que le mémorial – le rappel des bienfaits de Dieu dans le passé – et l’espérance de la Nouvelle Jérusalem provoquent et soutiennent notre dévotion aujourd’hui.
Le mois de septembre est le mois de la rentrée pastorale. Chacun de nous devrait se demander ce qu’il va faire pour plus de vita-lité dans notre communauté. Nous aussi, comme le pèlerin qui chante ce psaume, nous devrions nous sentir en communion dans le Seigneur avec tous nos frères et soeurs et éprouver le désir de demander la paix pour notre communauté et pour notre monde.Mais alors, pourquoi s’asseoir, dans l’église, si loin de ses frères et soeurs qu’on ne sait même pas leur donner le signe de la paix pendant la messe ?
Comment ne pas apporter sa pierre pour bâtir une communauté accueillante et fra-ternelle ? Que la joie du Seigneur brûle votre coeur chaque fois qu’il vous invite à sa maison !
Abbé Louis Wetshokonda
